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Pauvreté : qu'est-ce que c'est?

Lorsqu’on parle de pauvreté, un des problèmes consiste à préciser ce qu’elle signifie et à lui donner une définition. Dans l’actuel débat européen, la pauvreté se subdivise en deux catégories : la pauvreté absolue ou grande pauvreté et la pauvreté relative.

La pauvreté absolue et la pauvreté relative

La pauvreté absolue

La pauvreté absolue ou grande pauvreté désigne une situation dans laquelle les personnes ne disposent pas des biens de première nécessité qui assureraient leur survie. Par exemple, elles peuvent souffrir de famine, ne pas disposer d’eau propre, d’un véritable logement, de suffisamment de vêtements ou de médicaments et elles luttent pour rester en vie. C’est une situation courante, surtout dans les pays en voie de développement ; cependant, au sein de l’Union européenne,  les personnes sans-abri et les populations Roms qui vivent dans des campements, se trouvent encore en situation de grande pauvreté.

L’Organisation des Nations-Unies a tendance à concentrer ses efforts sur l’élimination de la pauvreté absolue ou grande pauvreté. Le but premier des objectifs du Millénaire pour le développement des Nations-Unies consiste à éradiquer la grande pauvreté et la famine. L’éradication de la grande pauvreté se reflète dans un objectif qui dit  « réduire de moitié la proportion des personnes vivant avec moins d’un dollar par jour ». Néanmoins, la pauvreté dans la plupart des Etats membres de l’UE est en général une pauvreté relative.

La pauvreté relative

La pauvreté relative désigne une situation dans laquelle le mode de vie et le revenu de certaines personnes se situent tellement en-deçà du niveau général de vie dans le pays ou la région où ces personnes vivent que celles-ci luttent pour mener une vie normale et pour participer aux activités économiques, sociales et culturelles courantes. La gravité du problème varie d’un pays à l’autre en fonction du niveau de vie de la majorité des citoyens. Bien qu’elle ne soit pas aussi extrême que la pauvreté absolue, la pauvreté relative est toujours très grave et préjudiciable.

Le processus d’inclusion sociale de l’Union Européenne se base sur une définition de la pauvreté en termes relatifs (voir encadré ci-dessous).

Qu’est-ce que la pauvreté relative?

une personne est reconnue comme vivant dans la pauvreté si son revenu et ses ressources sont insuffisants au point de l'empêcher d'avoir un niveau de vie considéré comme acceptable pour la société dans laquelle il vit.

En raison de la pauvreté, cette personne peut se trouver défavorisée de multiples manières: chômage, faible revenu, logement insalubre, soins de santé inadéquats et obstacles à son accès à l'apprentissage tout au long de la vie, à la culture, au sport et aux loisirs. Elle est souvent marginalisée et exclue de la participation aux activités (économiques, sociales et culturelles) qui sont la norme des autres personnes, et son accès aux droits fondamentaux peut être restreint.

Commission Européenne, Rapport Conjoint sur l’Inclusion Sociale 2004

La réalité de la pauvreté

Néanmoins, ces définitions “officielles” ne reflètent que rarement la réalité de la lutte quotidienne des personnes en situation de pauvreté. Afin de mieux comprendre cette dernière, il est essentiel d’interroger les personnes concernées sur le sens de la pauvreté et de les impliquer directement dans la définition et la réalisation de solutions. EAPN s’est engagé à faire entendre la voix des personnes en situation de pauvreté lorsqu’elles décrivent et définissent la pauvreté (voir encadré ci-dessous) et à promouvoir leur participation active dans la conception, la réalisation et le suivi des politiques et des programmes destinés à éradiquer la pauvreté.

Que pensent les personnes en situation de pauvreté

La pénurie de biens de première nécessité

“Je ne peux me permettre que la nourriture bon marché; les fruits et les légumes pour les repas des enfants sont trop chers; le poisson n’est pas abordable; “les aliments sains » sont trop chers pour moi.”

“Le problème, ce n’est pas que l’on manque d’argent à l’occasion. Le vrai problème, c’est que ce manque d’argent dure toute notre vie et que nos enfants grandissent également dans ce schéma.”

“En Espagne, les appartements pour touristes sont vides pendant la basse saison. D’un autre côté, il y a des tas de sans-abri qui n’ont pas de toit au dessus de leur tête. Comment expliquer ces injustices à nos enfants ?

L’isolement

“J’ai perdu des amis car je ne peux pas participer à leurs activités; même la participation à des groupes d’entraide demande du temps et de l’argent ; je n’ai ni le temps ni l’argent pour participer à des discussions”

“Je ne peux pas m’offrir de journaux quotidiens; les livres, et surtout la littérature scientifique, coûtent trop cher”

La bureaucratie et le manque d’information

“ Le système est trop compliqué, je ne sais pas où trouver quoi”

“J’ai dormi dans des cartons. J’avais le choix entre mourir dans la rue ou reprendre ma vie en main. Je me suis adressé aux services sociaux pour qu’ils m’aident à trouver un logement. Je me suis retrouvé face une très lourde bureaucratie. J’ai du raconter mon histoire plusieurs fois, la répéter encore et encore et cela a pris des années avant que je n’obtienne un logement.

“A chaque fois que je raconte ma vie à des fonctionnaires, je reçois beaucoup de compassion mais les règles font obstacle à une aide efficace”

Le manque de respect et le désespoir

“La façon dont les gens vous regardent est humiliante.  On ne vous considère pas comme un être humain”

“Parfois, vous avez l’impression que les animaux sont mieux protégés car si vous battez un chien, vous serez puni et irez peut-être en prison alors que si vous battez une personne, je ne suis pas convaincu que vous soyez toujours sanctionné…. Mon sentiment est que les chiens sont mieux respectés et mieux traités que les Gitans.”

“Cela fait des années que je ne vois rien évoluer. Je n’ai pas d’avenir."

“Je me sens un peu comme Don Quichotte.  Je me bats contre des moulins à vent ici et là et il n’y a plus véritablement d’espoir”.

Pas d’emploi décent

“Je n’ai pas de travail ni de logement. Comment faire ma vie si je n’ai pas d’emploi?”

“Je dois bien admettre que je travaille dans l’illégalité et ce n’est pas parce que je ne suis pas une bonne personne. Je suis totalement conscient des conséquences, mais c’est le seul travail que j’ai trouvé.”

La crainte pour ses propres enfants

“Il m’est impossible d’inviter les amis de mes enfants à la maison, car elle est trop petite. En conséquence, mes enfants ne sont plus invités nulle part. Ils sont exclus et nous sommes obligés de vivre cachés.”

“Mes enfants ne peuvent aller en vacances scolaires de neige et ne peuvent aller à l’étranger suivre des cours de langue.  La formation tout au long de la vie est inabordable et les activités culturelles coûtent trop cher”

“Mes enfants vont hériter de ma pauvreté.”

Témoignages des participants à la 6ème  Rencontre européenne des Personnes en situation de pauvreté, organisée sous l’égide de la Présidence autrichienne de l’UE en 2006

Une lutte de tous les jours

En réalité, la pauvreté au sein de l’UE ressemble davantage à une lutte de tous les jours pour assurer sa vie et sa survie ; lutte qui peut s’avérer très dommageable pour la santé et le bien-être psychologique et qui peut mettre la pression sur les relations personnelles. 

Vivre en situation de pauvreté peut vouloir dire:

  • être isolé de sa famille et de ses amis;
  • ne plus avoir d’espoir et se sentir impuissant et exclu ; n’avoir que peu d’influence sur les décisions qui affectent votre vie quotidienne;
  • manquer d’informations à propos des aides et des services qui sont là pour vous; 
  • avoir du mal à satisfaire ses besoins fondamentaux et à accéder à un logement décent, aux services de santé, aux opportunités scolaires et d’apprentissage tout au long de la vie;
  • vivre dans un quartier dangereux où la criminalité et la violence sont élevées, où les conditions environnementales sont mauvaises ou dans une zone rurale éloignée et isolée;  
  • ne pas disposer des biens de première nécessité car vous ne pouvez pas vous permettre les services de base tels que l’eau, le chauffage et l’électricité ou d’acheter des aliments sains ou de nouveaux vêtements ou encore ne pas pouvoir utiliser les transports publics;
  • ne pas pouvoir acheter des médicaments ou payer une visite chez le dentiste;
  • vivre au jour le jour sans économie ni bas de laine pour les moments difficiles tels qu’une perte d’emploi ou la maladie et tomber, par conséquent, dans le surendettement;
  • être exploité ou placé dans des situations illégales;
  • être victime de racisme ou de discrimination;
  • être incapable de participer à une vie sociale ou de loisirs normale comme aller au pub ou au cinéma ou assister à des évènements sportifs ou rendre visite à des amis ou acheter des cadeaux d’anniversaire aux membres de sa famille.

En résumé, la réalité de la pauvreté au sein de l’UE est telle qu’elle touche à de nombreux aspects de la vie des gens et qu’elle limite l’accès aux droits fondamentaux des personnes concernées. Ces dernières sont souvent confrontées à toute une palette d’inégalités qui se renforcent les unes les autres pour refermer le piège de la pauvreté. Celle-ci limite les possibilités, pour les personnes concernées, de se réaliser pleinement. Par exemple, les enfants qui grandissent dans la pauvreté sont plus susceptibles de souffrir de problèmes de santé, de moins bien réussir leurs études et de devenir la génération suivante d’adultes menacés de chômage et de pauvreté de longue durée.

Quelques questions clés

Pourquoi l’UE s’intéresse-t-elle moins à la pauvreté absolue?

La pauvreté absolue est souvent considérée comme moins problématique par les Etats membres de l’UE, ce qui n’est pas le cas des pays en voie de développement. Deux raisons l’expliquent.

Primo, le défi auquel est confrontée l’UE consiste à tenter de garantir un niveau de prospérité moyen à élevé à l’entièreté de la population; il ne s’agit pas de garantir à la population un niveau de vie minimal, ce qui est généralement l’objectif poursuivi dans les pays les moins développées du monde. Néanmoins, ceci ne tient pas compte des niveaux de grande pauvreté qui affectent certains groupes de la population dans certains Etats membres, par exemple, les populations Roms.

En deuxième lieu, le niveau de vie que l’on considère comme minimum acceptable dépend fortement du niveau général de développement économique et social. Il est possible qu’un niveau de vie minimal nécessaire à la survie dans un pays riche soit insuffisant pour permettre aux personnes de participer à des activités sociales, culturelles et de loisirs normales. Ce qui est en contradiction avec les principes d’égalité et de solidarité sociale.

Le problème inhérent à la comparaison des niveaux de pauvreté relative

La comparaison des niveaux de pauvreté relative entre les différents pays ne tient pas suffisamment compte des différences de niveaux de vie. En réalité, il s’agit davantage d’une mesure des inégalités.

Par exemple, une personne qui est relativement pauvre dans un pays riche souffre généralement moins de privation matérielle que quelqu’un qui vit dans un pays dont le niveau de vie global est faible. Dans ce type de pays, la pauvreté peut être beaucoup plus extrême, vous serez beaucoup plus susceptible de manquer des biens de première nécessité et votre survie ressemblera davantage à une lutte ; cependant, étant donné que le niveau de vie global est inférieur, il peut y avoir moins de pauvreté relative c’est-à-dire une différence moindre entre les “pauvres” et le niveau de vie du reste de la population.

Ce constat peut donner lieu à des malentendus quant à l’étendue de la pauvreté et risque de minimiser la gravité de la pauvreté frappant certains groupes, tout particulièrement dans certains des nouveaux états membres de l’UE. Bien sûr, les pires situations sont à rechercher dans les pays de l’UE où le niveau de vie général est faible et où le niveau de pauvreté relative est élevé.

Afin de tenir compte des situations économiques différentes dans les états membres, à l’heure de l’adoption, par le Conseil Européen de Laeken de 2001, de la liste européenne des indicateurs de l’inclusion sociale, l’accent a été placé sur le fait que la valeur du seuil de risque de pauvreté devrait toujours accompagner l’indicateur concernant les personnes à risque : par exemple, qu’est-ce que cela signifie en termes pécuniaires – avec un pouvoir d’achat exprimé en euros.